Ahmed Ouzane, ambassadeur du programme Mobiprox

Mobiprox : Comment devient-on ambassadeur Mobiprox ?

Ahmed Ouzane : La plupart des confrères ambassadeurs sont des pros des micro-mobilités : fabricants, distributeurs, spécialistes de la règlementation ou issus d’organismes de formation… Personnellement, je suis expert sécurité routière, j’interviens en dehors de Mobiprox dans la formation des enseignants à la conduite étant titulaire du BAFM, j’interviens aussi à l’INSERR, l’Institut national de sécurité routière et de recherches.

 

MP : En quoi consiste votre mission ?

AO : Nous sommes amenés à produire par l’intermédiaire de webinaires des actions de formation et d’information autour des micro-mobilités. La majorité sont composées d’un volet théorique autour de deux axes. D’une part, la sensibilisation à la règlementation routière, les obligations, les interdictions, les nouvelles règles issues de l’entrée il y a moins de deux ans des micro-mobilités dans le code de la route ; et d’autre part, nous faisons le point sur l’approche écologique, qui représente l’ADN principal du programme. L’idée est de faire le point sur les usages de chacun, de rendre compte par exemple que sur des trajets de moins d’un kilomètre, six Français sur dix vont préférer l’auto à n’importe quel autre mode de déplacement par habitude ou pour ne pas avoir pris le temps d’y réfléchir. Les nouvelles mobilités permettent d’aborder quelque chose qui n’est pas encore entré dans les mœurs : les déplacements multimodaux. Prendre sa trottinette dans le coffre de la voiture après avoir déposé les enfants à l’école, c’est un vrai changement de paradigme.

 

MP : Et vous proposez également un volet pratique ?

AO : A chaque fois que nous nous déplaçons, après avoir abordé le volet théorique précédent, nous proposons dans un second temps une initiation aux bonnes pratiques de la trottinette. L’idée n’est pas d’apprendre à en faire, mais d’enseigner les bons comportements de manière rationnelle. La plupart du temps, la première fois que les gens en essaient une, ils placent un pied devant, un pied derrière, alors que typiquement il faut les avoir l’un à côté de l’autre car cela met la gravité au bon endroit et permet de pouvoir tourner de façon plus équilibrée ou de mieux passer un obstacle. Cela peut sembler contre-intuitif mais c’est une position de sécurité qui minimisera les risques en cas d’accident.

 

MP : Qui participe à ces formations ?

AO : Les profils sont très variés, sachant que nous allons soit vers les collectivités territoriales, soit les séminaires d’entreprises, soit vers le grand public. Au début du programme les profils étaient plutôt des jeunes, puis sont venus des âges de plus en plus avancés. Nous étions récemment à Bordeaux Métropole face à des 30-40-50 ans. Mais le doyen que j’ai eu à accompagner avait plus de 80 ans. Finalement, les plus actifs, ceux qui montent le plus, ce sont soit les jeunes, soit les 30 à 50 ans qui se soucient d’écologie et ont accumulé trop de déboires avec leur voiture entre stationnement, encombrements, etc. Ainsi avons-nous beaucoup de retours de gens qui disent vouloir s’équiper rapidement au moins pour faire du multimodal ou du transport pendulaire (trajet domicile-travail et retour).

 

MP : Qu’est-ce qui vous surprend le plus parmi vos trotteurs ?

AO : Je m’étonne encore de la méconnaissance de la règlementation en matière d’assurance. Les EPDM étant devenus un objet de déplacement, certaines personnes découvrent que c’est une catégorie de véhicule terrestre à moteur, impliquant une obligation d’assurance. Et ce qui m’a le plus surpris, au fond, c’est l’écart impressionnant entre l’accidentalité et la surreprésentation qu’en fait le grand public. En 2019, on a déploré dix tués. Cela suffit pour que les gens trouvent cette pratique extrêmement dangereuse, sans doute parce que le moindre incident rapporté par les médias fait beaucoup parler. Donc est-ce l’objet qui est dangereux ? Ou faut-il mettre en cause la manière de s’en servir ? Comme avec tout véhicule motorisé, c’est bien un non-respect de la règlementation, donc un mauvais comportement, qui est à l’origine des accidents… Dernier constat, mais positif, c’est la vitesse avec laquelle les gens adoptent le bon comportement. Une fois qu’ils sont montés sur la machine, et qu’ils ont eu l’info, ça leur donne envie de tenter l’expérience. Or, comme nous leur proposons tout de suite de le faire, ils prennent immédiatement du plaisir et s’aperçoivent de l’implication du comportement sur le risque. On a pas mal de gens convaincus par ça. En clair, l’essayer c’est l’adopter.

 

Interview de Pascal Pennec